Valoriser l’innovation canadienne : Comment Labs4 et Labs+ transforment la recherche en valeur économique

La valorisation est une façon d’aborder l’innovation pour transformer la recherche financée par des fonds publics en valeur concrète. Sa réussite repose sur la création d’une rétroaction du marché, une validation appliquée et des voies accessibles d’adoption tout au long de son développement.

C’est aussi une stratégie de propriété intellectuelle : identifier la propriété intellectuelle issue de la recherche ayant un potentiel commercial, la protéger et la valider en fonction des besoins réels de l’industrie. Si elle est bien menée, la valorisation permet de maintenir au Canada la propriété intellectuelle canadienne, en transformant la recherche publique en nouvelles entreprises, en emplois de qualité, en activité manufacturière et de chaîne d’approvisionnement, en gains de productivité, en revenus fiscaux et en solutions mises en place dans les secteurs canadiens.

Depuis des décennies, le Québec est le chef de file canadien en matière de valorisation, en investissant en développement de capacités en recherche appliquée et dans des services de soutien à l’industrie. Cela permet d’aider les équipes à protéger la propriété intellectuelle dès le départ, à la tester en conditions réelles et à prendre des décisions relatives à la manufacturabilité, à la durabilité et à la mise à niveau qui déterminent si une découverte peut être adoptée par le marché ou non.

Labs4 et son hub québécois, Labs+, sont conçus pour étendre cette dynamique à l’ensemble du pays. Labs4 est un réseau pancanadien regroupant 38 collèges et universités accessible par le biais de 11 hubs – huit hubs régionaux et trois hubs d’entrepreneuriat autochtone – dont les programmes normalisés à l’échelle nationale sont adaptés aux secteurs, aux communautés et aux écosystèmes d’innovation locaux.

Travaillant de concert avec le solide écosystème de recherche appliquée du Québec, Labs+ aide des équipes à passer de la recherche prometteuse à sa mise en application concrète. Cela se fait grâce à des essais appliqués, au prototypage et à des décisions prises dès le départ concernant la manufacturabilité, la durabilité et la mise à l’échelle – ce qui détermine si une idée peut être viable pour le marché.

Cette approche est de plus en plus renforcée au niveau politique. Fin 2025, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) et Axelys ont annoncé un protocole d’entente visant à renforcer la valorisation de la recherche publique – un signe que la transformation d’une découverte en valeur économique et sociale exige un appui intentionnel tout au long du cycle de l’innovation.

« Le Canada n’a pas besoin d’autres programmes de commercialisation isolés ; il a besoin de voies plus solides et interconnectées qui reflètent la réalité du processus d’innovation », affirme Jolen Galaugher, Ph. D., présidente du comité exécutif de Labs4. « Des modèles comme Labs+ démontrent que lorsqu’on s’appuie sur des écosystèmes qui savent déjà comment mettre des idées en pratique, on peut en mesurer l’impact tout en tirant profit des forces locales, ce qui permet d’investir là où l’innovation est déjà florissante. »

De la propriété intellectuelle à l’utilisation industrielle

Partout au Canada, les centres de recherche appliquée jouent déjà un rôle direct dans le passage de la recherche publique à son utilisation industrielle. Au Manitoba, l’Advanced Composites Development Centre de RRC Polytech – opéré par le Centre d’accès à la technologie pour l’aérospatiale et la fabrication (TACAM) – a collaboré avec le Conseil national de recherches du Canada (CNRC) et Magellan Aérospatiale afin de faire progresser et de valider une technologie de formage/formation de composites mise au point par le CNRC, en l’utilisant dans un contexte de production industrielle.

Labs4 est conçu pour étendre cette solution à l’échelle nationale. Il incorpore plus tôt la rétroaction du marché, l’expertise appliquée et l’encadrement en commercialisation, pendant que les choix de conception influencent encore les résultats. L’un de ses programmes phares est le Programme d’amélioration de la maturité technologique (TRL), qui soutient les chercheurs-entrepreneurs lors des étapes du prototypage, de la démonstration et de la mise au point d’un essai pilote.

Voici deux exemples du programme TRL qui illustrent le potentiel de la valorisation :

  • Pirouz Kiani, chercheur en chimie à l’université de Calgary travaillant avec le SAIT (Southern Alberta Institute of Technology), a démontré l’usage pratique de la valorisation en transformant une découverte brevetée de nano-bulles en un système de technologie propre, prêt pour un essai pilote. Sa technologie NanoStrip élimine l’ammoniac et le soufre des cours d’eau en lien avec l’agriculture, les eaux usées, les mines et les bassins. Grâce au programme TRL de Labs4, il a multiplié de quarante fois la taille de l’unité, il a validé ses performances à plus grande échelle et résolu des problèmes majeurs d’ingénierie grâce à l’aide d’experts et de laboratoires. Cette validation appliquée fait passer le projet de « recherche prometteuse » à celui de « solution prête pour l’industrie », préparant NanoStrip aux déploiements d’essais pilotes avec des partenaires – notamment un système à grande échelle prévu pour un producteur de biogaz albertain.
  • Lucas Monter est en train de développer NeuroSpritz, un système d’électrodes d’électroencéphalographie (EEG) déposés par pulvérisation, et qui vise à réduire les délais de diagnostic en rendant la mise en place de l’EEG plus rapide et plus flexible. Avec des listes d’attente de plus de six mois pour un EEG ordinaire dans 73 % des cliniques et hôpitaux de l’Ontario, et des temps de préparation d’environ 50 minutes par patient, une réduction des délais d’exécution de près de 80 % pourrait accroître la capacité de diagnostic et améliorer l’accès aux soins là où le personnel et les infrastructures sont limités. Par l’intermédiaire du programme TRL, il fait progresser ce système vers une validation via laboratoire ou en environnement simulé, et explore des opportunités d’essais pilotes considérés éthiques.

Voilà la raison d’être de la valorisation : non seulement prouver la viabilité d’une idée, mais aussi bâtir les voies nécessaires pour assurer la protection, la validation, l’adoption et le déploiement à grande échelle de la propriété intellectuelle canadienne afin de créer une valeur durable.

L’avantage du Québec : un écosystème conçu pour des connexions

Le Québec est l’un des rares endroits au Canada où un parcours intégré de la recherche à l’application opère à grande échelle. Les cégeps, les universités, les centres d’accès à la technologie (CAT) et les centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT) font la liaison entre la recherche académique et les essais appliqués et la résolution de problèmes auxquels l’industrie doit faire face.

Labs+ est piloté par un conseil consultatif qui contribue à harmoniser entre elles les mesures de soutien à la recherche, à la commercialisation et à l’entrepreneuriat au Québec, afin que les projets progressent au sein du système, en évitant la duplication ou la stagnation. Parmi ses membres figurent Axelys, le Réseau des CCTT, l’Université de Sherbrooke, l’Université Concordia et des hubs d’innovation comme V1 Studio et District 3.

« De nombreux programmes de soutien sont disponibles pour accompagner les innovateurs tout au long de leur parcours vers la commercialisation. L’essentiel est d’assurer une transition sans heurts, et c’est là que les liens au sein de l’écosystème prennent toute leur importance », explique Chantal Piché, directrice adjointe de l’innovation et de la recherche au Cégep de Thetford et responsable de Labs+. « Labs+ apporte une valeur ajoutée en renforçant et en complétant ces liens – en donnant aux chercheurs en début de parcours entrepreneurial accès à l’expertise appliquée et à des partenaires de commercialisation au moment opportun et en aidant les projets à progresser plus rapidement et plus clairement au sein du système. »

À mesure que les projets font preuve de leur maturité technique et appliquée, l’expertise en commercialisation devient essentielle – notamment en matière de stratégie concernant la propriété intellectuelle, de positionnement sur le marché et de préparation à la levée de fonds initiale. Au Québec, ce rôle est incarné par Axelys, l’organisme de commercialisation qui vise à accélérer le développement et le transfert d’innovations à fort potentiel issues de la recherche publique.

L’une des principales raisons qui font qu’un projet de recherche prometteur soit décalé est le choix du moment : les équipes se rendent compte trop tard des besoins réels du marché, une fois les décisions technologiques clés déjà prises. L’approche de Labs4, axée sur la demande du marché, s’attaque à ce problème en combinant une validation du marché à la formation en entrepreneuriat, au prototypage et à la démonstration, comblant ainsi l’écart entre le développement de technologies et produits, et en facilitant l’accès à la commercialisation. Au Québec, Axelys facilite cette approche de façon concrète grâce à des conseils en commercialisation, à l’évaluation de projets et à l’accès à des programmes de mentorat, de formation et, le cas échéant, de financement.

« L’innovation québécoise est à son comble lorsque l’écosystème est conçu pour favoriser les échanges », affirme Jesse Vincent-Herscovici, président et chef de la direction d’Axelys. « Lorsque la recherche publique est soutenue par une stratégie solide en matière de propriété intellectuelle et un accompagnement en commercialisation, il y a une transformation des connaissances en solutions de valeur durable. En collaborant avec Labs4 et Labs+, nous aidons les équipes à renforcer leur propriété intellectuelle, à tisser des liens grâce à notre plateforme de jumelage et à bâtir des portefeuilles technologiques concurrentiels afin que les innovations québécoises puissent accéder au marché. »

Conformément à son mandat de mobiliser l’écosystème de soutien à l’innovation et à l’entrepreneuriat du Québec, Axelys aide Labs+ et Labs4 à développer cette approche. Celle-ci est axée sur la demande du marché grâce à un accompagnement en commercialisation, à l’évaluation de projets et à l’accès à des ateliers, du mentorat et, le cas échéant, des possibilités de financement pour la maturation et l’industrialisation des technologies. Axelys s’est engagé à fournir un soutien en nature d’une valeur de 40 000 $ par année au programme TRL.

La suite

La valorisation n’est pas le fruit du hasard. Le hub Labs+ du Québec démontre ce qu’il est possible d’accomplir lorsque la préparation de la mise en marché est intégrée dès le départ, grâce à un soutien en validation appliquée et en commercialisation, le tout fonctionnant comme un système interrelié. Le rôle de Labs4 est d’étendre cette façon de faire à l’ensemble du Canada, de l’adapter aux forces de chaque région et de l’intégrer de manière cohérente à sa programmation – au moment où le Canada ne peut se permettre que la propriété intellectuelle financée par des fonds publics soit bloquée en cours de développement, ou commercialisée ailleurs.

« Le programme TRL confirme ce que nous savions déjà : la valorisation est plus efficace lorsqu’elle est intégrée tôt dans le processus de recherche – et il démontre que cette approche peut être mise en œuvre à l’échelle nationale », affirme Jolen Galaugher. « C’est le principe de chaque nouveau programme de Labs4. Lorsque nous protégeons en avance la propriété intellectuelle prometteuse, que nous la validons en fonction d’un besoin évident du marché et que nous entourons les équipes en recherche et développement d’une expertise appliquée, davantage de recherches canadiennes sont testées, adoptées et mise à l’échelle ici – et c’est ainsi que le Canada fait de la recherche publique un moteur de croissance et d’impact durable. »

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